« L’effet scanner » et la culpabilité

Author : Roland Guinchard
Samedi 10 août 2019 14:00:00
HiRes3

La peur n’empêche pas le danger.
 

Nous avons constaté un phénomène étrange chez quelques-uns de nos clients. Ils s’engagent très volontiers et avec enthousiasme dans la démarche d’installation d’un outil de mesure du « moral des troupes » et de l’ambiance de travail, pour prévenir les risques psycho sociaux.

Mais au fur et à mesure que la date de mise en place ou de communication de la démarche approche ils se mettent à hésiter. Devant quoi ?  Ils n’hésitent pas devant la réalité, ils la savent en général assez équilibrée et peu délétère, c’est plutôt qu’ils se mettent à hésiter devant leur imaginaire, ou pour mieux le dire devant la crainte imaginaire qui leur vient alors :  et si l’impression favorable sur eux-mêmes et leur entreprise était fausse ? et si ce qui allait être mesuré se révélait horrible, inquiétant, surgissant comme une condamnation, inattendue ?

Il s’agit là de ce que j’appelle « l’effet scanner » qui pourrait s’exprimer ainsi : plutôt ne pas chercher à savoir si on est malade ou pas, car en cherchant à le savoir je pourrais découvrir que je le suis vraiment ! Angoisse !  La tentation est forte alors de ne pas se rendre au rendez-vous d’exploration, comme si se priver des moyens de savoir allait magiquement faire disparaître le danger.

Rien de plus normal que cette approche anxieuse de la réalité. Mais si, comme le dit le proverbe : la peur n’éloigne pas le danger, nous notons qu’elle ne le crée pas non plus ! Alors pourquoi en plus de prendre le risque ne pas savoir, prendre le risque de se priver d’une bonne nouvelle ?

Parce que quelle que soit la réponse du scanner ou de la mesure je suis déjà envahi de deux sentiments vaguement gênants :

  • Je ne pourrai pas continuer à me rêver idéal absolu : quelques défauts, véniels ou étranges, vont apparaître à cette occasion je ne pourrai maintenir l’illusion de la perfection, (avec une petite voix off qui dirait : « perfection à laquelle je n’ai jamais cru certes …mais qu’une part de moi n’a jamais vraiment abandonnée »).
  • Parce qu’avoir la position de chef, dirigeant, cadre, donc pour une part quelconque de responsable de la qualité du lien au travail des autres laisse passer une culpabilité ancienne, celle du risque de l’abus de pouvoir, (avec cette petite voix off qui dirait : « abus de pouvoir dont Je n’ai jamais profité mais sa possibilité restait ouverte à mon insu peut être »).

L’hésitation étrange qui vient avant la mesure iXa est donc liée à des sentiments normaux, mais peu agréables, de culpabilité à priori, non justifiée et pour tout dire inconsciente mais agissante.

Pour lutter contre cet effet scanner devant l’imminence du résultat, nous rappelons souvent à nos clients que nous ne sommes pas dans un contexte de maladie mais d’identification des configurations de la réalité du travail, et que dans ce domaine :

« Connaître ses défauts et les reconnaître ou en prendre conscience permet de les atténuer et rendra sympathique la situation aux yeux de tous (nul n’est parfait OUF, on va pouvoir agir OUF).

Au sein du cabinet IXA quelqu’un parmi l’équipe a résumé la situation un jour avec cette conclusion : « il faut prendre le risque de savoir où on est bon, pour devenir meilleur ».

C’est bien cela la bonne nouvelle des systèmes d’évaluation des RPS !

 



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